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Au Belarus, il est interdit d’applaudir

Au Belarus, il est interdit d’applaudir
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Le président biélorusse Alexandre Loukachenko lors de son discours du 3 juillet dernier. © Nikolai Petrov / AFP

Le décor avait pourtant été particulièrement soigné. Des milliers de soldats alignés au millimètre près, des citoyens sagement regroupés dans les tribunes officielles, un défilé d’engins militaires savamment orchestré et une immense estrade dressée à la démesure de celui qui se trouvait en son centre : Alexandre Loukachenko, l’homme fort de la Biélorussie. Ce dernier, souvent qualifié de « dernier dictateur d’Europe », se livrait comme d’habitude à une diatribe contre l’opposition biélorusse, contre l’Europe, contre le monde entier…

Tout semblait bien rodé, donc, pour ce jour de fête de l’Indépendance, le 3 juillet dernier. Sauf que quelque chose d’inhabituel s’est produit pendant cette cérémonie. Un détail qui aurait presque pu passer inaperçu. Le silence. Un silence assourdissant qui s’est abattu sur le discours du président Loukachenko. Aucune réaction du public, aucun cri, aucune manifestation de joie ou même, pourquoi pas, de colère. Et surtout, aucun applaudissement. Chaque envolée lyrique de l’orateur se concluait par un blanc, aussi pesant qu’inhabituel (voir la vidéo ci-dessous). Alexandre Loukachenko, de son côté, ne semblait guère ému par cet apparent désintérêt à son discours. Et pour cause, c’est lui qui a interdit à son peuple de l’applaudir.

Un pays « à bout de souffle »

Une décision qui ne doit rien à un sursaut d’humilité du dictateur biélorusse. Bien au contraire. Loukachenko a pris cette mesure inédite après que ses détracteurs eurent décidé d’un moyen d’action plutôt inédit : des applaudissements incessants, dans toutes les villes du pays, comme signe de protestation au régime en place. L’appel a été largement diffusé à travers les réseaux sociaux du pays, Facebook, mais aussi son équivalent russophone Vkontakte. Et dans un pays confronté à sa plus grave crise depuis l’arrivée au pouvoir d’Alexandre Loukachenko, en 1994, l’idée a fait tache d’huile. Ainsi, pendant plusieurs semaines, en juin, les rues de Minsk et des autres villes du pays ont offert l’étonnant spectacle de passants applaudissant à tout rompre un spectacle de pauvreté et de désespoir.

Car la Biélorussie est « à bout de souffle », selon les propres termes de la Banque centrale en juin dernier. Le pays doit faire face à un déficit commercial abyssal et à une pénurie de devises, et la première tranche (800 millions de dollars) d’un prêt de trois milliards de dollars sur trois ans accordé par la Communauté économique eurasiatique ne suffira peut-être pas. D’autant que, pendant ce temps-là, l’Union européenne a renforcé ses sanctions contre Minsk pour protester contre les persécutions systématiques d’opposants politiques ayant cours en Biélorussie. Loukachenko « doit choisir sa voie : vers la démocratie ou vers (le tribunal de) La Haye », avait pourtant prévenu l’UE à la fin du mois de juin. Visiblement, le président a choisi une troisième voie.

REGARDEZ des manifestants applaudissant dans les rues de Minsk, début juillet (images ABC) :

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=POtSr2IwiBE

REGARDEZ le président Loukatchenko s’adressant à une foule parfaitement silencieuse, le 3 juillet dernier (images de la TV officielle biélorusse) :

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=85NnCLQhgP4

Cyriel Martin / Le Point

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