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CLINIC K1FO : QUAND LE CERVEAU CHANTE . . . ♫

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GNADOU ATHYTHEAUD

PRATIQUER UN INSTRUMENT POUR VIEILLIR EN BONNE SANTE

SUIVI DE LA CONTRIBUTION « TRAIN THE BRAIN WITH MUSIC » ET D’UNE INTERVIEW PASSIONNANTE DU PROFESSEURE CLARA JAMES

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L’AGENCE DE PRESSE SANTÉ

On n’est jamais trop vieux pour apprendre.

Une recherche germano-suisse soutenue par le FNS et son équivalent allemand, dirigée pour la partie suisse par Clara James, professeure à la Haute école de santé Genève, va étudier les bénéfices de la pratique intensive du piano chez des personnes âgées, novices en musique. Objectif: combattre le déclin cognitif lié à l’âge, obstacle majeur au vieillissement en bonne santé.F

De nombreuses personnes âgées renoncent à s’engager dans l’apprentissage de nouvelles compétences en raison de croyances incrustées qui prétendent que le vieillissement est caractérisé exclusivement par le déclin.

L’étude «Train the Brain with Music : Brain Plasticity and cognitive benefits induced by musical practice in elderly people in Germany and Switzerland» dirigée par Clara James propose d’examiner les avantages d’une musicothérapie innovante sur des aptitudes habituellement vouées à décliner lors d’un vieillissement normal: la mémoire de travail, les fonctions exécutives, l’écoute dans une ambiance bruyante, la motricité fine, le bien-être, ainsi que sur la structure et le fonctionnement du cerveau.

Afin d’atteindre toutes les couches de la société, les équipes de recherche vont recruter, en Allemagne et en Suisse, des participants à de multiples endroits. Des styles de musique différents (classique, jazz, populaire) seront incorporés afin d’attirer un large public.

Une année de piano

L’étude consiste en un entraînement intensif de piano dispensé par des professionnels à des personnes retraitées durant 12 mois. Les cours seront donnés en groupe, ce qui favorise l’échange social et le sentiment d’appartenance. Les données comportementales, de bien-être et d’imagerie cérébrale seront comparées à celles de groupes témoins appariés, mais qui ne bénéficieront que d’une initiation musicale théorique.

Une mise en évidence d’effets positifs spécifiques sur le déclin lié à l’âge suite à un entrainement musical peut apporter une contribution importante à la santé mentale, ainsi qu’à la qualité de vie des personnes âgées et prolonger l’autonomie. Des résultats parlants pourraient soutenir une mise en place systématique de dispositifs d’entraînement musical dans des centres pour aînés et des EMS.

Train the brain with music

Brain Plasticity and cognitive benefits induced by musical practice in elderly people in Germany & Switzerland (SNSF 100019E-170410)


2017 – 2020


GEMMI Lab Geneva Musical Minds Lab

Auteur(s)
Clara James , Matthias Kliegel (University of Geneva, Psychology Department), Dimitri van De Ville (Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne & Faculty of Medecine, University of Geneva), Damien Marie , Laura Abdili , Eckart Altenmueller (Hanover University of Music, Drama and Media), Tillmann Krueger (Medical School of the University of Hanover)


Résumé du projet

Recent data suggest that music making might prevent cognitive decline in elderly. However, experimental evidence remains sparse and no information on the neurophysiological basis has been provided, although cognitive decline is a major impediment to healthy aging. This study combines for the first time protocolled music practice in elderly with cutting-edge neuroimaging.

We propose a multi-site Hannover-Geneva longitudinal randomized intervention study in altogether 100 retired healthy elderly (64-76 years), offering either piano instruction or recreational music instruction without practice over 12 months.

Subjects will be tested at 3 time points on cognitive, perceptual and motor abilities as well as via wide-ranging functional and structural neuroimaging data (Magnetic Resonance Imaging, MRI).

We expect positive transfer effects from intensive piano training not only on subjective well-being, but also on working memory, executive function, perceptual-motor performance, hearing in noise, and relationships of these behavioral features with morphological and functional brain plasticity.

We may therefore for the first time demonstrate, that music making can provoke important societal impacts by diminishing cognitive and perceptual-motor decline underpinned by functional and structural brain plasticity.


Collaborations scientifiques

  • Psychology Department, University of Geneva
  • Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne
  • Faculty of Medecine, University of Geneva
  • Hanover University of Music, Drama and Media
  • Medical School of the University of Hanover

Financement

  • For Switzerland: Swiss National Science Foundation (FNSF) no. 100019E-170410
  • For Germany: DFG (Deutsche Forschungsgemeinschaft)

MUSICOTHÉRAPIE: BÉNÉFICES INDUITS PAR LA PRATIQUE MUSICALE CHEZ LES PERSONNES ÂGÉES EN ALLEMAGNE ET EN SUISSE

La musique ne fait pas qu’adoucir les mœurs, elle peut aussi soigner le déclin de la cognition voire même retarder ou diminuer la manifestation de la maladie d’Alzheimer. Professeure à la Haute école de santé Genève, Clara James dirige le volet suisse d’un projet de recherche germano-suisse, soutenu par le FNS et son équivalent allemand, portant sur la pratique musicale comme outil pour contrecarrer le déclin cognitif et cérébral avec l’âge.

—    Depuis quand vous intéressez-vous à l’association de la musique et de la mémoire?
—    Je m’intéresse plus largement au transfert lointain – far transfer – de la pratique musicale vers d’autres domaines cognitifs et ceci depuis le début de ma carrière de chercheuse, voire avant, quand j’étais encore musicienne professionnelle. Dans un langage plus commun, j’examine comment faire de la musique nous rend plus «intelligent».
—    Qu’entendez-vous exactement par «faire de la musique» ?
—    La «musique» est un terme générique qui comprend écouter, écrire, composer, jouer d’un instrument, chanter, lire une partition, etc. Mais c’est faire de la musique, c’est la pratique musicale – avec un instrument ou en chantant – qui exerce la plus forte influence sur le cerveau, parce qu’elle active des réseaux largement distribués dans le cerveau, c’est-à-dire beaucoup d’aires différentes, qui communiquent entre elles. Ces aires et réseaux se chevauchent avec ceux du langage, de la mémoire de travail, de l’attention, des fonctions exécutives, etc. En conséquence, pratiquer la musique peut apporter des avantages dans tous ces domaines. Dans plusieurs de mes études sur les jeunes adultes, j’ai pu mettre en évidence ces avantages de la pratique musicale, notamment pour la mémoire de travail, mais aussi pour le raisonnement et la pensée logique.
—    Ecouter de la musique n’a donc pas d’influence sur la mémoire?
—    L’écoute seule a déjà une influence positive, à moindre degré, mais provoque plutôt des apprentissages dits implicites.
—    Quel est le but de votre recherche?
—    Maintenant que j’ai pu mettre en évidence chez le jeune adulte, en comparant des personnes avec différents degrés d’intensité d’entraînement – et d’expertise –, que l’entraînement impacte progressivement la cognition, ainsi que la structure et le fonctionnement du cerveau – la plasticité cérébrale –, j’aimerais utiliser ces données en recherche appliquée pour utiliser l’entraînement musical comme outil pour contrecarrer le déclin cognitif et cérébral avec l’âge.
—    Sur quel corpus vous appuyez-vous?
—    A part mes propres études, je me suis inspirée d’un large corpus de littérature mettant en évidence les avantages d’interventions complexes – danser, faire de la musique, jouer à des jeux vidéo d’action, jongler, etc. – sur le cerveau et le comportement, spécifiquement chez la personne âgée. Ces interventions sont très riches pour stimuler le corps et l’esprit, parce que leur complexité permet une grande variabilité, mais aussi de viser progressivement un niveau d’exigence de plus en plus haut. Donc, l’apprentissage ne s’arrête jamais. Ceci n’a jamais été fait de façon exhaustive, c’est-à-dire en investiguant un large éventail de compétences cognitives et sensorimotrices, combiné avec de la neuro-imagerie multimodale de pointe au sein d’une étude longitudinale – en fonction du temps.
—    Comment allez-vous procéder? 
—    Eh bien, nous allons entraîner des personnes retraitées de 64 à 76 ans, en bonne santé, durant douze mois sur un piano ou en réalité un clavier électronique. Les cours seront dispensés par des professionnels. Un autre groupe recevra des cours de musique théorique avec la même organisation dans le temps. Afin d’attirer un large public, des styles différents seront intégrés –  classique, jazz, populaire, etc. A trois moments, nous allons prendre des mesures psychométriques et de neuroimagerie de différente nature. Nous allons notamment imager le fonctionnement, mais aussi la structure du cerveau. Les mesures seront prises à zéro, douze et dix-huit mois. La dernière donc six mois après la fin de l’entraînement, pour évaluer l’effet à plus long terme. 

SUITE DE L’INTERVIEW

—    Les effets de la musique sur les troubles de la mémoire sont connus, en quoi votre recherche se distingue-t-elle? 
—    Notre étude ne porte pas sur les troubles de la mémoire, mais sur l’entretien voire la stimulation et la meilleure mise en forme des fonctions mnésiques et intellectuelles chez la personne âgée en bonne santé. Une fois ceci mis en évidence de façon rigoureuse, on pourrait songer à l’appliquer dans un contexte thérapeutique. Les effets des activités musicales sur les troubles de la mémoire ne sont toutefois malheureusement pas encore clairement reconnus, et surtout, ils ne sont pas soutenus scientifiquement – il n’y a pas d’études systématiques à grande échelle basées sur des preuves – «evidence based». Lors d’une écoute de musique connue, des personnes souffrant de démence seront souvent mieux connectées avec les traces de mémoire qui restent. Mais c’est temporaire, leurs fonctions mnésiques pour apprendre de nouvelles choses ne seront pas améliorées.
—    La pratique musicale ne serait-elle donc pas aussi recommandée à des personnes souffrant de démence ?
—    Les personnes qui montrent des signes de début de démence risquent d’être confrontées à l’impossibilité d’apprendre et de s’améliorer, menant à des états dépressifs. Toutefois, chanter ou écouter des chansons de sa jeunesse peut faire beaucoup de bien et peut réactiver les traces mnésiques restantes et installer chez la personne un état de bien-être et le reconnecter avec sa personnalité de jadis.
—    La musique est-elle plus indiquée que toute autre activité intellectuelle, manuelle, créatrice ou artistique pour limiter le déclin cognitif?
—    La pratique musicale n’est bien évidemment pas l’unique moyen pour rester en bonne forme. Jouer aux échecs, apprendre une nouvelle langue, faire du sport ou danser exerce aussi des effets positifs à tout âge sur le cerveau, la cognition et le corps. Mais la pratique musicale a comme avantage de combiner l’activité intellectuelle et physique. Dans la même veine, la danse provoque des effets semblables. Mais comparé aux arts plastiques – dessin, etc. –, la pratique musicale l’emporte. Différentes études l’ont mis en évidence.
—    Par quels aspects la musique est-elle plus «efficace»? 
—    Apprendre à jouer d’un instrument ou chanter comporte plusieurs activités à la fois: notamment intellectuelles, sensorimotrices, créatrices, communicatives et/ou émotionnelles, sociales – si elles s’effectuent dans un ensemble musical. Donc on combine les avantages de tous ces différents éléments. Concernant la pratique musicale spécifiquement, les multiples rétroactions sensorielles sont une force motrice de développement: on essaie de jouer une mélodie, et après on reçoit des informations auditives, mais aussi visuelles et proprioceptives du corps, toutes issues d’un même événement dans le temps et on compare ces rétroactions avec notre intention initiale, on corrige et on refait, etc. Ces doubles, voire triples rétroactions, impactent plus fortement les connections synaptiques entre les neurones, qui sont à la base de la plasticité cérébrale. L’intensité, la durée et le type d’entraînement jouent aussi un rôle très important. 
—    Comment la mémoire est-elle mise à contribution lors de la pratique musicale ?
—    Sur le plan intellectuel, quand on pratique la musique, on utilise la mémoire à court terme, la mémoire de travail, la mémoire à long terme, l’attention, les fonctions exécutives, etc.  Des réseaux très similaires à ceux du langage sont impliqués, notamment dans les aires frontales du cerveau – aux alentours de l’aire de Broca et son homologue droit –, puisque ces deux systèmes de communication – langage et musique – consistent en une organisation hiérarchique avec des structures intégrées – «embedded structures» en anglais. On utilise un large éventail de fonctions cognitives qui seront entraînées et donc potentiellement améliorées.

—    Pourquoi la pratique musicale est-elle davantage recommandée à des personnes âgées?
—    Les avantages d’une pratique musicale agissent spécifiquement sur des aptitudes habituellement vouées à décliner lors d’un vieillissement normal: la mémoire de travail, les fonctions exécutives, l’écoute sélective, l’attention auditive et la motricité fine, ainsi que sur la morphologie et le fonctionnement du cerveau. En outre, cet entraînement artistique peut stimuler la créativité et augmenter le sentiment de bien-être.
—    Ne faut-il s’inquiéter de travailler sa mémoire qu’à partir d’un certain âge?
—    Au contraire, la règle d’or c’est «use it or lose it». L’idée de repos à la retraite est une erreur fondamentale, en tout cas chez la personne saine, en vieillissement normal. Il n’est pas nécessaire de courir dans tous les sens et sans arrêt, bien évidemment, mais il faut rester actif et se donner de la peine pour maintenir une bonne forme mentale et physique: «no pain, no gain».
—    Comment s’est mise en place la collaboration avec vos partenaires allemands? 
—    Je connaissais le professeur Eckart Altenmüller de longue date et je savais qu’il travaillait sur des thématiques proches. Un avantage de cette collaboration, c’est la complémentarité d’expertises des équipes allemande et suisse. Le projet est maintenant dirigé par une équipe de psychologues, neuroscientifiques, médecins neurologues et psychiatres, ingénieurs en imagerie cérébrale et musiciens professionnels. Eckart Altenmüller est comme moi également musicien professionnel, il est flûtiste et moi violoniste. Une étude multisite a aussi comme avantage d’évaluer si les effets sont vraiment généralisables, et/ou différents selon le lieu. En outre, un plus grand nombre de participants pourra être examiné, ce qui renforce la puissance statistique, donc la validité de l’étude. Les volets allemand et suisse de la recherche sont parallèles pour l’entraînement des participants.
—    Quelles connaissances et compétences en musique possédez-vous?
—    J’ai une formation de violoniste professionnelle. J’ai obtenu deux diplômes de musicienne, d’enseignante et d’interprète, notamment des conservatoires supérieurs d’Amsterdam et de Rotterdam aux Pays-Bas. J’ai travaillé plusieurs années dans un orchestre de chambre – l’Amsterdam Sinfonietta – et dans différents groupes de musique de chambre et j’ai donné des cours de violon et de musique de chambre dans un conservatoire populaire. 
—    Quelles bonnes pratiques pourraient-elles être mises en valeur par votre recherche? 
—    Notamment de rompre les idées incrustées que le vieillissement est exclusivement caractérisé par le déclin. Ces croyances fausses empêchent de nombreuses personnes âgées de participer activement à l’apprentissage de nouvelles compétences. Le déclin naturel à la fin de la vie se combine avec le potentiel d’apprendre tout le long de la vie et donc de provoquer une plasticité comportementale et cérébrale. Un sentiment de bien-être pourra se renforcer chez les participants des deux groupes, induit par la musique en tant que telle, mais aussi par l’élément social, puisque l’enseignement sera donné en groupe. Nous allons également organiser des petits concerts.
—    Comment les autorités socio-sanitaires pourraient-elles exploiter les résultats de votre recherche ? 
—    Des résultats positifs pourraient aider à libérer des subventions pour une mise en place généralisée de dispositifs d’apprentissage musical de différents types dans les centres d’aînés et les EMS, ainsi que le développement de dispositifs thérapeutiques pour les personnes en début de démence.

Deux musiciens à la direction

Soutenu par le Fonds suisse de la recherche scientifique (FNS) et la Deutsche Forschungsgemeinschaft (DFG), le projet de recherche «Train the brain with music: Brain Plasticity and cognitive benefits induced by musical practice in elderly people in Germany and Switzerland» est mené conjointement par une équipe suisse réunissant la Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education (FPSE) de l’Université de Genève (Prof. Matthias Kliegel, co-requérant FNS) et l’EPFL (Prof. Dimitri Van De Ville, partenaire FNS), dirigée par la professeure Clara James (Haute école de santé Genève – HEdS-GE), ainsi que par le professeur Eckart Altenmüller, de l’IMMM (Institute of Music Physiology and Musicians’ Medicine) de la Hochschule für Musik, Theater und Medien Hannover, pour le volet allemand.

Source : Haute École Spécialisée de Suisse Occidentale, CLINIC K1FO

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